Pourquoi une démarche scientifique?

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Il y aurait sans doute beaucoup de raisons de s'abstenir d'adopter une  telle démarche à propos des jardins thérapeutiques, mais peut-être pas autant que de défendre et de s'ancrer dans une approche  scientifique?

Il n'est pas besoin de science pour savoir que le jardin soigne


"Gloire au Père, au Fils , au Saint Esprit,

car l'Agneau a rassemblé à lui

un jardin plein de fruits, les fleurs des fleurs

en cueillant ces jeunes filles."

Ainsi écrivait Hildegarde von Bingen au XIIème siècle dans l'un de ses Lieder, elle qui fut canonisée, nommée Docteur de l'Eglise par Benoit XVI en 2012 et reconnue comme "découvreuse" de la phytothérapie.   Tant avant nous, que ce soit dans des poèmes, des cantiques, des chants ou des chansons, des articles ou des livres, vantèrent les mérites et les bénéfices du jardin. Et puis le jardin est présent si naturellement dans notre environnement de vie, que chacun à sa façon, a pu en apprécier les mérites et les bienfaits. C'est notre héritage culturel, qui a inspiré et continué d'inviter les hommes à sublimer la nature et leur vision du monde en les représentant dans un jardin. Et le résultat lorsque le travail est soigné, est magnifique.

Plus récemment, Pierre Yves Alain (en 2012 dans Une histoire des jardins botaniques, entre science et art paysager) écrit :

" le jardin de plantes médicinales, ce jardin des simples du Moyen Âge, serait par excellence le jardin thérapeutique, celui qui soigne par le fait même d'y entrer, de s'y promener, de se pencher sur une plante, de cueillir une feuille et de la mâcher, tout en récitant  quelques prières ou formule. Nous serions donc en train de reconstruire ces jardins spécialisés, nous chercherions à créer ce jardin du mythe, qui possèderait par leur seule immersion, un effet bénéfique sur la santé des malades."

Alors pourquoi se perdre dans les méandres du rationnel, d'autant que l'on apprend vite lorsque l'on s'y intéresse que tous les jardins sont différents, qu'ils doivent pour exister s'adapter à un environnement complexe, formé par cette notion de terroir, de traditions...

Alors qu'à l'opposé l'industrie pharmaceutique revendique la sécurité pharmacologique, encadrée par des normes, des standards et un cadre règlementaire strict, pourquoi tenter d'imposer une science au jardin, dans un espace où la poésie et le vagabondage forment ensemble un charme sans cesse renouvelé. 

Et quand bien même, nous y serions tentés, mesure-t-on la complexité d'adapter au jardin les pratiques reconnues comme scientifiques, pour en mesurer l'efficacité thérapeutique? Le jardin est un vaste monde dont on n'isole pas un composant particulier pour en mesurer les bienfaits sur une personne malade. Faudrait-il alors prendre les jardins comme un tout immuable, et les considérer tous et chacun comme bénéfique sur la santé?

C'est pourtant la question qui se pose souvent dans les conclusions des quelques deux cent articles recensés dans la base de données scientifiques (PubMed) traitant de la question de jardin et de santé. En résumé, il est bien souvent écrit "des travaux complémentaires seraient nécessaires pour identifier ce qui dans les jardins que nous avons suivis ont contribué de façon utile à la santé des patients."


L'ensemble de ces défis auraient pu nous encourager à renoncer - à surfer sur la vague actuelle où "Notre société redécouvre les vertus des jardins". 

Les  principales raisons d'adopter une démarche scientifique


Les motivations sont multiples :

  • si le jardin soigne de quoi soigne t il? 
  • quelles pathologies peuvent être prises en charge ?
  • quelles pathologies le jardin ne peut prendre en charge?
  • quelle efficacité le jardin apporte en fonction des pathologies?
  • quel rythme de fréquentation du jardin est nécessaire pour observer son efficacité sur la santé des patients?
  • qu'est-ce qui permettrait d'en améliorer l'efficacité?
  • le jardin peut il dans certains cas se substituer à un traitement médicamenteux ou est il un complément?
  • combien de temps faut il rester dans un jardin à chaque fréquentation?
  • quelles activités faut il prévoir pour que le jardin devienne thérapeutique?
  • quelles contre-indications à la fréquentation d'un jardin de soins?

La liste des questions pourrait encore s'allonger - il nous importe peu de la rendre ici exhaustive, ce qui compte davantage c'est la pertinence des réponses que nous serons capables d'y apporter. Il s'agit d'établir une relation de confiance entre le patient et son jardin, afin qu'il sache ce qu'il peut lui offrir et en retirer, et que l'entourage du malade l'accompagne qu'il soit médecin, soignant ou aidant avec la même perception mélangeant à la fois le plaisir d'être au jardin et la perception objective de ses bienfaits sur la santé.


Les travaux de recherches que nous menons s'efforce d'apporter une réponse pertinente à l'ensemble de ces questions, en décrivant :

- le profil des patients et des pathologies pour lesquels des résultats significatifs et robustes ont été obtenus

- le profil des patients pour lesquels nous n'avons pas obtenu à ce jour une démonstration de réelle efficacité

- le mode d'enrichissement nécessaire à un jardin pour obtenir une réponse positive suivant les pathologies prises en charge

- le rythme de fréquentation d'un jardin nécessaire pour en valider l'efficacité

- l'ergonomie à respecter dans un jardin en fonction du profil des patients pris en charge

L'ensemble des approches mises en place ont été précédées par des études longitudinales contrôlées - c'est à dire en comparant un jardin enrichi avec deux autres groupes l'un ne fréquentant pas de jardin, l'autre fréquentant un jardin sans enrichissement spécifique. C'est la conjugaison et le croisement de l'ensemble de ces études qui nous permettent progressivement d'établir les exigences à respecter pour un jardin en fonction du profil des patients.