Espace multi-sensoriel ou jardin sensoriel

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Depuis le début des années 2000, de nombreuses équipes de recherches se sont intéressées à l'impact potentiel d'espaces multi-sensoriels, parfois nommés salle Snoezelen aménagés dans les établissements médico-sociaux(EMS) et notamment les EHPAD.

Une étude australienne publiée en 2004, puis une étude américaine (P Ward-Smith and al.), s'appliquent à comparer sur des populations de résidents en EMS atteints de démences de type Alzheimer,  l'impact d'une fréquentation d'un jardin sensoriel vs un espace snoezelen.

Cet article publié en 2009 dans l'American Journal of Alzheimer's Disease & Other Dementias, rappelle la prévalence de la maladie d'Alzheimer dans le monde, citant qu'un nouveau patient est diagnostiqué toutes les 70 secondes -  aux Etats Unis, avec une prévision d'atteindre 16 millions de personnes atteintes à l'horizon 2040.  Face à cet enjeu majeur en terme de santé publique, et compte tenu de l'efficacité limitée, du coût et des effets indésirables des traitements médicamenteux, l'auteur souligne la nécessité de recherches des solutions alternatives dans les approches non-médicamenteuses. Se basant sur la prévalence des troubles du comportement, et la baisse de la qualité de vie pour ces patients,  l'objet de l'étude est donc d'envisager un renforcement de la stimulation sensorielle en comparant différent environnement susceptibles de faciliter la prise en charge de ces troubles. Cela en notant qu'une sur-stimulation ou l'absence de stimulation sensorielle ont été décrits comme étant à l'origine  de troubles anxieux, d'agitation, de dépression et de privation de satisfaction voire de tristesse.

Motivée par cette analyse,  une étude a été lancée pour évaluer l'impact d'une fréquentation régulière d'une salle Snoezelen contenant des colonnes à bulles, , des oreillers vibrants, des éclairage de fibres optiques, de l'aromathérapie, de la musique relaxante, des assises confortables...

Le recrutement des sujets a été fait au sein d'un EHPAD parmi des sujets atteints de la maladie d'Alzheimer à un stade avancé. Différentes stimulations sensorielles ont été testées au cours des 84 interventions réalisées au cours de l'étude qui s'est échelonnée sur une durée de 3 mois. Un groupe témoin a également été suivi. Les observations à l'issue de cet essai, ont évalués avant et après pour les 2 groupes, les comportements inappropriés et les incidents comportementaux (agressivité dans les gestes ou la parole, les cris,  claquements de porte, le refus de s'alimenter ou de suivre son traitement médicamenteux...).

Les observations recueillies à la fin de l'étude démontrent une légère amélioration pour les sujets ayant fréquenté l'espace multi-sensoriel, sans présenté un effet significatif, notamment du fait de la taille de la population étudiée. 

Une autre étude comparant la fréquentation de ce type d'espace avec un groupe fréquentant un jardin - qui n'est pas décrit comme un jardin enrichi, mais simplement un jardin adapté à des sujets âgés et disposant d'une dimension sensorielle importante, vient préciser cette approche. Le groupe Snoezelen ne présente pas d'amélioration par rapport au groupe témoin sur les échelles d'évaluation des troubles du comportement, et il est noté par ailleurs que les sujets ne fréquentent pas spontanément cet espace s'ils n'y sont pas invités par les soignants. Inversement, le groupe jardin manifeste une régularité tant dans la fréquence que la durée de séjour au jardin. L'auteur note une légère amélioration des troubles du comportement sur ce 2ème groupe par rapport au groupe témoin, mais s'agissant d'un jardin ordinaire (et non d'un jardin enrichi) cela est cohérent avec d'autres études conduites plus récemment.

En conclusion, une Scoping review menée sur les espaces multi-sensoriels montre qu'il n'y  a pas d'effets significatifs sur les troubles du comportement pour des sujets âgés atteints de la maladie d'Alzheimer ou de démences apparentées, avec une fréquentation régulière d'une salle Snoezelen.  Par contre,  leur fréquentation n'étant pas spontanée ou volontaire par les résidents, c'est l'intervention et l'attention qui leur est portée par les soignants à cette occasion qui est identifiée comme source principale des améliorations observées. Inversement, un jardin sensoriel est plus volontiers fréquenté par des résidents. 

Les études conduites en complément sur le jardin enrichi avec des modules ciblant les troubles du comportement, démontrent une efficacité significative sur l'intensité, la fréquence et le retentissement des troubles du comportement chez le sujet âgé, atteints de démences.